Histoire
23 avril 2026
Accouchement assisté dans le camion clinique, une mère et son bébé sauvés de justesse
« Nous avons quitté le Mali à cause de l’insécurité. Un village voisin a été attaqué, nous sommes partis avant que l’horreur ne nous frappe », confie Sina*, le regard tourné vers l’abri de sa tante qui l'a accueillie il y a quatre mois. Après avoir fui la guerre et l’insécurité, Sina, réfugiée malienne, a trouvé bien plus qu’un abri à Neré, en Mauritanie. À quelques kilomètres de Fassala, à la frontière avec le Mali, elle y a trouvé une assistance au moment le plus crucial de sa vie : un accouchement hors du commun, rendu possible par le camion-clinique mobile de l’UNFPA pour cette jeune femme qui a vécu une grossesse ponctuée de peurs et d’incertitudes.À seulement 20 ans, Sina est déjà mère de quatre enfants. Son histoire commence de l’autre côté de la frontière, au Mali, où l’insécurité a bouleversé son existence. « Un village tout près du nôtre a été attaqué… des gens ont été tués. Nous avons eu peur. Nous sommes partis avant que cela ne nous arrive aussi. Lorsqu’elle fuit son village, elle est enceinte de quatre mois. Avec sa famille, elle trouve refuge à Neré, où vit une tante installée depuis plus d’un an. Elle tente de reconstruire une vie. « Depuis mon arrivée en Mauritanie, j’ai commencé à me sentir plus en sécurité », confie-t-elle.Lorsqu’elle franchit la frontière, elle portait en elle un enfant de quatre mois. Sans suivi médical, affaiblie par l’exil, elle ignore que son corps s’épuise. Ses trois premiers enfants sont nés à la maison, dans le secret des traditions familiales, avec tous les risques que cela comporte. Elle n’avait jamais franchi le seuil d’un hôpital.Alors qu'elle vient pour une consultation, profitant du passage de la clinique mobile, les premières contractions surviennent. L’équipe médicale s’alerte immédiatement. Pendant que l'équipe poursuit les soins pour les autres patients, la jeune femme est placée sous une surveillance étroite. Elle ignore encore que le moment décisif est arrivé.« Ce qui m’a interpellée, c’est sa fatigue extrême », explique une des sages-femmes. « Le test a révélé une anémie sévère (7g/dl). Avec un col déjà dilaté à 5 cm et aucun suivi prénatal, chaque minute comptait. ». « Il a fallu tout arrêter, fermer la clinique aux autres patients et nous concentrer uniquement sur elle, » raconte l'équipe soignante.Ce qui n'était qu'une journée de consultations de routine s'est transformé en une course contre la montre pour sauver une jeune mère réfugiée et son enfant. La décision ne s’est pas faite attendre. Il fallait à tout prix évacuer vers le centre de santé. Le camion clinique mobile se transforme alors en ambulance de fortune. À l'avant, le chauffeur ressent tout le poids de ces vies, celle de la mère et son bébé entre ses mains. La décision est prise de déplacer l'unité mobile vers le Centre de Santé de Fassala, situé à 5 km de là. Chaque secousse du trajet de 25 minutes est une épreuve, mais l’équipe garde son sang-froid.C’est finalement à bord du véhicule, transformé en salle d’accouchement, que le miracle se produit. Sous l'expertise des sages-femmes Bouha et Salma, épaulées par l'infirmière Khadijetou, la jeune femme donne naissance à son bébé en toute sécurité.« Sur le trajet de 5 km entre Neré et Fassala, j'éprouvais de l’angoisse, mais je savais que ma mission était de rester calme pour arriver à temps », raconte le chauffeur Samba.Pour Sina qui n'avait connu que les accouchements à domicile avec ses tantes au Mali, l'expérience est radicale : « Avec les sages-femmes, je me sentais enfin en sécurité. J'ai compris qu'un accouchement devrait toujours se faire avec des professionnels. »Après la naissance, la patiente a été transférée à la maternité de Fassala pour stabiliser son anémie. Le lendemain, le retour vers Neré n'était plus un simple trajet de 5 km, mais une célébration. Une photo immortalise l'instant : la patiente, sa mère, les soignantes et le chauffeur, unis par cette épreuve.Pour Bouha, ce moment dépasse le cadre médical : « C’est une fierté d’aider une femme démunie, loin de tout. Ce genre d’expérience renforce mon amour pour mon métier. » Elle est adoubée par le chauffeur Samba qui conclut “Savoir que notre travail change des vies, c’est notre plus grande satisfaction”Le lendemain de l'accouchement, lorsque le chauffeur a raccompagné la famille dans leur village, ce n'était plus un simple trajet de transport, mais le symbole d'un retour à la dignité. « », conclut-il.Le camion mobile, un impact certain, pour ne laisser personne de côtéLa satisfaction de cette jeune mère n'est pas un cas isolé. Depuis leurs déploiements sur le terrain en 2024 au Hodh echargui et au Guidimakha, les camions, cliniques mobiles intensifient leurs efforts dans les zones les plus enclavées. Entre janvier et février 2026, des sorties mobiles au niveau de trois Moughataas (Departements) du Hodh Echargui, dans le cadre du Projet CERF , ont permis aux populations hôtes, aux réfugiés et aux mauritaniens retournés de bénéficier d’un service de proximité avec 1 700 prestations directes (consultations générales, prénatales, gynécologiques, des services de planification familiale, la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) pour prévenir le cancer du col de l’utérus, ainsi que le dépistage de l’anémie); 446 kits de dignité distribués et 888 personnes sensibilisées aux enjeux de la santé reproductive.*Sina est un nom d’empruntConsultez la publication sur la page UNFPA : UNFPA Mauritanie | Accouchement assisté dans le camion clinique, une mère et son bébé sauvés de justesse