Chaque année, des milliers de personnes franchissent les frontières mauritaniennes, portant des parcours et des aspirations très variés. Elles emportent avec elles des responsabilités, des inquiétudes, et l’espoir fragile de pouvoir changer le cours des choses.
Dicko est l'une de ces personnes.
Native de Kita, dans l’ouest du Mali, Dicko a été mariée jeune. Sa vie bascule lorsque son mari tombe gravement malade. Pendant longtemps, elle se bat à ses côtés, cherchant des solutions pour le soigner malgré le manque de ressources. Mais les soins coûtent cher, et les revenus de la famille ne suffisent plus.
C’est alors qu’elle prend une décision difficile : quitter le Mali pour chercher du travail à l’étranger, afin de gagner de l’argent pour soigner son mari et, un jour, pouvoir le faire venir la rejoindre.
Sa route la mène en Mauritanie, un pays où tout lui est inconnu : les rues, la langue, les visages. Elle n'y connaît personne.
« Je ne connaissais personne. Mais je savais que je devais avancer », raconte-t-elle.

Des milliers de trajectoires qui s’entrelacent, chacune portant des rêves et des espoirs à construire. Photo : OIM / Moctar Sy, 2025
En Mauritanie, les routes se croisent. Trait-d’union entre l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne, le pays occupe une position géographique qui en fait, depuis des décennies, un carrefour migratoire incontournable : point de transit pour certains, destination pour d'autres.
Pour Dicko, les débuts dans ce nouveau pays sont rudes.
Pendant deux mois, elle et ses enfants dorment dans la rue, sans repère ni soutien. Chaque journée est une improvisation. Chaque nuit, une épreuve. Puis une rencontre change le cours des choses : une restauratrice, touchée par sa situation, lui tend la main et l'accueille pendant deux mois, jusqu'à ce que Dicko puisse enfin louer un logement pour elle et ses enfants.
Quelques mois plus tard, elle économise suffisamment pour faire venir son mari. C’est un moment de répit pour la famille jusque-là déchirée par la séparation.
Peu de temps après, il repart et Dicko se retrouve une fois de plus seule. Mais elle ne baisse pas les bras.
« Je suis une femme battante », dit-elle, simplement.
Diplômée en droit des affaires au Mali, elle décide de mettre ses compétences au service des autres. Elle rejoint l’association Femmes Battantes qui accompagne des femmes migrantes en situation de vulnérabilité, et devient chargée des affaires juridiques. Aux côtés d’autres jeunes femmes, elle écoute, explique, guide.

Dicko accompagne celles qui reprennent leur vie en main. Guidées par l’écoute et l’action, elles avancent vers un nouveau départ. Photo : OIM / Moctar Sy, 2025
Ce qui l'anime n'est pas abstrait : c'est la mémoire précise de ce que ça fait de ne pas comprendre, de ne pas savoir, de ne pas oser demander.
« On ne migre pas toujours par envie. Parfois, c'est la nécessité. On cherche simplement une vie meilleure. »
Elle connaît les nuits d'inquiétude et la fatigue qui s'accumule. Mais elle connaît aussi cette force particulière qui naît de la responsabilité, surtout celle d'être mère. Chaque facture payée est une victoire. Chaque journée travaillée est une preuve que l'on tient.
Dans son discours, trois mots reviennent comme un engagement personnel : droits, justice et action.
Droits, parce que chaque femme migrante doit pouvoir vivre et travailler dignement.
Justice, parce que la protection ne devrait pas dépendre de l’origine ou du statut administratif.
Action, parce que les défis auxquels font face les femmes migrantes appellent des réponses concrètes, adaptées et humaines.
Aujourd’hui, Dicko ne parle plus seulement pour elle. Elle parle pour celles qui hésitent encore à demander de l’aide, pour celles qui se sentent seules. Elle les encourage à ne pas abandonner, à croire en leur force et à se battre pour leurs droits.
« Petit à petit, on peut construire quelque chose », conclut-elle, la voix pleine d’espoir et de conviction.
Publication originale : https://rodakar.iom.int/fr/stories/dans-le-sahara-dicko-une-voix-pour-c…